lundi, 27 août 2007

L'ascension.

Les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas forcément.

En me couchant, la veille au soir, j'étais près à parier que je resterais sagement au camp le lendemain à buller, histoire de me requinquer. Je me sentais dans un état d'épuisement total.

Le volcan était sous nos yeux. Son magnifique voisin également. En fait, le camp se trouvait au pied des deux cônes. Et je dois reconnaitre, comme beaucoup sans doute, que les sommets ont toujours agit sur moi comme des aimants. Je n'ai jamais fait d'alpinisme. Probablement une question d'opportunité. Ayant vécu dans une région de moyenne montagne, les sommets y étaient accessibles sans trop d'effort. Ce sont les sommets qui m'attirent, les falaises verticales, en revanche ne m'ont jamais attiré. J'ai bien une fois, vers l'âge de 17 ans, grimpé à main nue une paroi franchement abrupte, au pied d'un fort. Mais ce fut simplement une subite et irrépressible attraction vers une hauteur doublée de l'inconscience de l'âge.

Et donc, en ce matin du cinquième jour, je me sentais frais et dispos. 2941 m, impossible de ne pas le faire. Bon, conscient de l'état des troupes, la ballade était décomposée en deux parties. Il faut dire, que nous étions sur le site en conjonction avec un autre groupe manager par la même boîte. Les guides nous proposèrent donc de faire deux groupes, l'un ferait le volcan complet, l'autre ne grimperait que la moitié et redescendrait à mi chemin. Nous gardions la possibilité de changer d'avis au dernier moment, la première moitié de la grimpée étant faite tous ensemble. Doutant encore de mes forces, ce principe me convenait parfaitement.

Nous voilà donc parti pour une ascension d'environ 1000 m pour les uns et de 1900 m pour les autres.

Première moitié du chemin parcouru sur un rythme soutenu. S'agissait-il de décanter le populo, je l'ignore. D'autres étant fatigués, V. qui s'était blessée à Moscou, faisant là sa première ballade, je savais que Mamie Co ne resterait pas seule en queue de peloton. Et ce sommet conique à 2900 me titillait sérieusement. J'ai donc suivi le rythme. Et ce sans trop de difficultés, ce dont j'étais plutôt agréablement surpris.

 

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Arrivée à l'étape de mi-hauteur. Pose pique-nique à coté d'une petite station de mesures vulcanologiques. Magnifique vue sur les paysages alentours, le volcan voisin, le Koryaksky, notre camp sur le bas, et pas très loin d'autres baraquements, ceux d'un camp de scientifiques.

Entre les deux volcans, on observe une curieuse formation, baptisée les gendarmes par les gens du coin. Il s'agit d'une poussée de lave solidifié surgit à la verticale entre les deux cônes à l'occasion d'un mouvement d'humeur de l'un des deux.

Et puis, quand on tourne le regard, le cône avec un léger panache blanc qui agit comme un aimant.

 

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Reposé, réénergisé, nous étions fins près pour la deuxième étape. Et pour tout dire, je me pensais assez en forme pour tenter cette deuxième partie de l'ascension. De notre équipe nous sommes cinq à l'avoir faite, plus Maxime notre guide naturellement ainsi que notre infatigable gazelle, Ira. 

 

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La grimpée s'est faite très simplement, en lacet le long du cône. Tout le sentier étant visible, jusqu'au sommet, Phil s'est lâché. D'un pas constant, ferme et régulier, il a pris la tête du groupe, puis peu à peu distancer tout le monde y compris Maxime. Pour ma part, sensible aux limites de ma forme physique, tout autant qu'au magnétisme du sommet, j'ai d'emblée opter pour un pas mesuré, laissant tout le monde filer devant. Phil, montagnard averti, a été de bon conseil. Le cône volcanique est composé d'éboulis de cendres. Des pierres ponces, plus ou moins dense, et plus ou moins grosse. On y fait un pas de 30 cm et le pied recule de 15 ... Phil, nous a montrer comment positionner les pieds, dans une marche en semi-crabe, plutôt que face à la pente du sentier. Et de fait, le recul était beaucoup moindre et l'effort fourni plus économe en énergie.

Telle une colonne chromatographique, le cône volcanique a très vite séparé les divers éléments de notre petite équipe. Phil est arrivé le premier en 55 mn. Ensuite, les jeunes Apothèques n° 2 et 3 et la gazelle, en 1h10. Maxime, devant assumer sa rondeur, est arrivé au sommet en 1h25, un bon quart d'heure après les jeunots. Papa Apothèque à suivi en 1h35 et moi, ma foi, bon dernier, j'ai pointé mon nez en haut du volcan au bout de 1h50 environ. Épuisé. Raide, mais heureux d'y être. 

Ce volcan est un classique du coin. Nous n'étions pas le seul groupe à le grimper. Notre amie kamtchatkaise immigrée chez nous nous en avait parlé comme d'une ballade familiale. Lors de la préparation du voyage, certaines, s'était interroger sur la faisabilité d'un dénivelé de 1900 m. A la lecture de ce  texte vous devez en déduire que ce n'est pas à proprement parler une petite balade de santé.

Ben la camarade immigrée ne nous avait pas raconté des bobards. Parce que sur la pente du cône, je me suis trouvé avec devant moi, dans cet apparent bout du monde, avec une jeune maman et sa fillette de trois ou quatre ans, en train de se faire le 2941 m conique, pratiquement les doigts dans le nez. La très jeune donzelle a bien couiné deux ou trois fois, mais fermeté russe maternelle aidant, elle a vite fermé son clapet, et repris le sentier tout en gazouillant. Je les ai prise en photo, mais avec l'appareil de la maman, vous ne les verrez donc pas, et la poupette, à cent mètres de l'arrivée était tout sourire et toute pimpante quand moi je crachais poumons et tout ce qu'on voudra.

 

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Ce volcan est celui que j'ai préféré. Son cratère, contrairement à ceux des deux précédant était rempli de lave figée. Le bouchon de lave était légèrement plus haut que les lèvres du cratère. Nous avons pu en parcourir la moitié du tour. En effet, sur un des cotés, de là où sortait le panache blanc, une faille coupe le bord du cratère. Le panache blanc qui en sort est en fait de la vapeur produite par les eaux de pluie qui s'infiltrent et atteignent la poche magmatique sous-jacente. C'est par cette faille (dans mon dos sur la photo) qu'aura lieu la prochaine éruption selon les vulcanologues. En parcourant le bord du cratère dans l'autre sens, on finit par tomber sur le mur de lave figée qui sur un des cotés du volcan a débordé lors de la dernière éruption au début des années 1990.

 

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La descente fut fantastique. Moins de vingt minutes pour dévaler ce qui m'avait pris une heure cinquante à grimper. Un tiers sur le pierrier et le reste sur le névé. On saute pratiquement d'un pied sur l'autre. On bascule le poids du corps d'un coté de l'autre pour garder un équilibre et stabiliser la descente. Et ça glisse tout seul, presque sans effort. Presque seulement. Il faut quand même que les cuisses assurent. Et je dois dire que je me suis quand même un peu fait peur. J'étais à la limite de la tétanisation des muscles. Mais bon, toujours bon dernier, j'ai ménagé autant que possible mes gambettes, et je suis redescendu à bon port.

 

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Épuisé, mais vachement content ... 

 

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